lundi 21 août 2023

Locke & Key - Tome 2 : Casse tête

 


 

 

Parce qu’on ne va pas s’arrêter en si bon chemin, penchons nous maintenant sur le deuxième tome de Locke & Key et découvrons plus en profondeur les méandres de Keyhouse et Lovecraft.

Dans notre article consacré au premier tome de la bande dessinée de Joe Hill et Gabriel Rodriguez, un de nos lecteurs nous a signalés que Locke & Key avait fait l’objet d’un pilote pour une éventuelle série télé qui ne vit au final jamais le jour. Ce projet d’adaptation est peu étonnant car la BD a le potentiel pour être portée à l’écran : une intrigue passionnante pleine de mystère, un bon groupe de personnages diversifié et la mort de Rendell Locke comme événement fédérateur fort autour duquel l’intrigue peut tourner. Toutefois si le premier tome, Bienvenue à Lovecraft, est en soi facilement adaptable, il n’en est pas de même pour les autres.

En effet, quand on referme ce deuxième tome, une drôle de sensation monte en nous,   celle d’avoir appris et découvert énormément d’éléments tout en étant frustré de n’avoir vu au final que très peu de choses. Il en est ainsi : après une première aventure haletante, terrifiante et éprouvante, la suite s’avère beaucoup plus calme. Cela en fait-il une mauvaise lecture ? Clairement non ! Au même titre que, par exemple, le tome 2 du Trône de Fer ou des aventures de Harry Potter, ce tome fait office de pause afin de placer des éléments qui s’avéreront fondamentaux pour la suite de l’histoire tout en apportant un nouvel éclairage aux événements du premier tome.

Si Bienvenue à Lovecraft était un ride en montagne russe, Casse tête s’avère être une randonnée sur un chemin oublié de beaucoup et sur lequel il ne serait pas étonnant de faire une rencontre avec un mauvais génie. Cette rencontre c’est Ellie Whedon qui la fait. Personnage introduit rapidement quelques numéros avant, cette professeur de sport au lycée de Lovecraft est un maillon essentiel de l’intrigue car elle nous fait prendre conscience (de même que le personnage du vieux professeur Joe Ridgeway et de Lucas Caravaggio) que l’histoire de Locke & Key va au delà du petit groupe des enfants Locke pour être en réalité un drame inter-générationel comme nous le montre cette planche magnifique de La Tempête de William Shakespeare qui dépasse le cadre de la représentation théâtrale pour devenir une lutte entre deux amis.

On s’en doutait quand, dans Bienvenue à Lovecraft, nous découvrions sur une photo de la troupe de théâtre dans lequel jouait Rendell Locke, un personnage, Lucas Caravaggio, qui ressemblait étrangement au mauvais génie caché au fond du puits qui manipulait Sam Lesser et Bode Locke. Dans ce deuxième tome le doute a cédé la place à la certitude, Lucas Caravaggio est un être terrible qui use des pouvoirs des clés afin de se venger et de concrétiser un vieux projet. Ce tome sera donc l’occasion de découvrir la vilenie de ce personnage qui n’hésitera pas à user des moyens les plus extrêmes pour arriver à ses fins ; le meurtre bien sûr, mais surtout la manipulation mentale dont la pauvre Ellie Whedon est la victime.

De leur coté, les enfants Locke ne se doutent pas que leur nouvel ami, Dodge, est en fait Lucas Caravaggio. En se liant d’amitié avec les enfants Locke ce dernier se rapproche de Keyhouse et de ses clés. Les clés justement, ces pivots de l’histoire qui ornent la couverture de chaque tome et dont chacune d’elle détient un grand pouvoir qui lui est propre. Nous avions découvert la clé passe-partout et la clé fantôme, voici maintenant la clé de tête, une clé permettant d’ouvrir le crâne d’un individu afin de lui mettre ou de lui ôter des souvenirs, des connaissances voire même des sentiments.

 

 


 

Si l’idée est brillante, son exécution et sa représentation graphique par Gabriel Rodriguez est tout simplement remarquable. Si Joe Hill usait de son talent de narrateur pour traiter de la thématique du deuil chez différents personnages dans Bienvenue à Lovecraft, Rodriguez va utiliser ici toute la puissance du dessin pour illustrer les mécanismes de la peur chez un adolescent, ou de l’imaginaire chez un enfant. La représentation du pouvoir de la clé de tête est à la fois terrifiante et fascinante autant pour le lecteur que pour les personnages eux-mêmes qui ne manqueront pas de trouver une utilité certaine à cette clé. Si Tyler s’en sert pour rattraper ses cours, Kinsey quant à elle va y trouver le moyen de fuir ses peurs et ses angoisses. La représentation concrète et physique de ces dernières donne lieu à une des scènes les plus intéressantes de ce tome ; bien sûr Lucas Caravaggio y trouvera un moyen utile pour arriver à ses fins.

Locke & Key – Casse tête s’apparente donc comme une sorte de pause dans l’intrigue globale de la série nous permettant avant tout d’en apprendre plus sur le passé de la ville de Lovecraft et de certains de ses habitants, tout en continuant à développer ses personnages principaux et à lancer des pistes pour une suite qui s’avère, à l’image de la pièce de théâtre citée dans ce tome, être une tempête prête à gronder.

 

 



Ce texte fut originalement publié sur le site du Daily Mars le 22/03/13

mercredi 28 juin 2023

Box-Office France : Des Chiffres et des Films /24ème semaine - Du 21 juin au 27 juin 2023

 

1°

Le nouveau Pixar déboule en tête. Elementaire fait 426 818 entrées

2°

Toujours de l’animation avec Spider-Man : Across The Spider-Verse qui pour sa 4ème semaine d’exploitation fait 193 102 entrées pour un total de 1 400 831.

3°

Gros gadin donc pour The Flash qui avec 184 539 entrées et **573 239 entrées cumulées ** en deux semaines

Suivent ensuite Transformers : Rise of the Beast (143 411 entrées / 821 719 cumulées / 3ème semaine) et Asteroïd City (117 498 entrées / 1ère semaine)

dimanche 25 juin 2023

Locke & Key – Tome 1 : Bienvenue à Lovecraft

 


A l’occasion de la sortie prochaine du tome 4 et afin de soutenir Milady Graphics*, on a décidé de revenir sur Locke & Key, une formidable série d’horreur. Le genre de série qui vous fait aimer les comics pour la vie et jusqu’à la mort voire même après.

Il est difficile de résumer Locke & Key en quelques lignes mais on va tout de même s’y atteler : suite à la mort tragique de leur père, Tyler, Kynsey et Bode Locke emménagent avec leur mère et leur oncle dans l’ancienne demeure familiale située dans le Massachusetts. Dans la vaste et sombre maison, portant le nom de Keyhouse, ces trois enfants vont tenter de panser leurs plaies mais très vite le passé les rattrape.

Le postulat de base est finalement assez simple à résumer mais on passe à coté de l’essence de Locke & Key. Ces six premiers épisodes, formant donc le premier tome, sont bourrés de tant d’éléments qu’il est bien difficile de raconter toute l’histoire en quelques lignes. Toutefois même si c’est une approche un brin facile et peut-être maladroite, on peut commencer à parler de Locke & Key au regard des parents du scénariste Joe Hill. Derrière ce nom de plume se trouve Joseph Hillstrom King fils de Tabitha et Stephen King petit romancier américain dont quelques œuvres ont été adaptées confidentiellement au cinéma. Nous n’allons pas dresser ici un parallèle entre les œuvres du fiston (dont on ne peut que saluer le refus de prendre le patronyme paternel pour écrire) et celle du maître de l’horreur, ni même analyser la relation père/fils de la BD par le prisme de celle entre Joe et son père, par contre on ne peut que remarquer que Locke & Key partage avec les meilleurs romans de Stephen King cette même atmosphère si particulière de la Nouvelle-Angleterre et surtout ce talent pour introduire le fantastique et l’horreur dans la vie quotidienne de personnes tout ce qu’il y a de plus normales.


Ainsi Locke & Key se concentre dans un premier temps sur Tyler, le fils aîné de la famille Locke. Cet adolescent qui pense avoir une vie de merde parce qu’il est obligé de passer ses vacances avec ses parents, son frère et sa sœur, va voir sa vie exploser après le meurtre d’un père avec qui il entretenait des relations conflictuelles somme toute normale à cet âge. C’est par lui que l’on découvre l’événement fondateur de toute l’histoire mais c’est via Bode, le petit dernier, que l’élément fantastique arrive. En découvrant une clé assez spéciale, un puits au fond du jardin et l’être qui y réside, ce gamin va contribuer sans le savoir à mettre en branle les événements qui se dérouleront tout le long du tome.

Keyhouse porte bien son nom et, comme le titre de la série nous le suggère, les clés sont des éléments importants de l’intrigue : ainsi la clé que trouve Bode lui permet de devenir une sorte de fantôme qui lui donne l’occasion d’observer sa famille. Hill y trouve alors matière à traiter du deuil du point de vue d’un petit garçon, cela de manière très touchante et subtile. Au fil du récit nous découvrons qu’il existe d’autres clés dont les pouvoirs sont différents, ouvrant alors un champ immense de possibilités pour les autres tomes.

Pour l’heure les Locke découvrent donc leur nouvelle demeure et chacun gère le deuil du mieux qu’il peut en même temps que le lecteur découvre les tenants et les aboutissants de ce drame. Hill sait ménager le suspense et gère très bien le rythme de son récit, alternant savamment les scènes du présent et celles du passé et notamment la mort du père de Tyler. Il emboîte petit à petit ces intrigues et on remarque très vite un plaisir certain dans sa manière d’user des mystères tels des serrures fermées et de les résoudre à l’aide des clés de la narration. Serrures et clés sont tellement au cœur du récit qu’elles en deviennent même les balises, ainsi le premier épisode s’ouvre et se clôture sur une porte qui se ferme. On apprécie aussi la manière dont le dessinateur, Gabriel Rodriguez, use de son média pour prolonger cette idée de serrure et de clé qui s’entremêle continuellement, par exemple via une page recto/verso où chaque protagoniste se répond au travers d’une porte lors du dénouement de l’intrigue.

 


De manière générale on assiste à une collaboration quasi-parfaite entre Hill et Rodriguez, ce dernier réussissant parfaitement à visualiser l’univers et l’ambiance des écrits de Hill. Sa manière d’user des panoramiques pour les paysages ou de dessiner de grandes cases plusieurs fois sur la même page afin de ralentir l’action ou de faire des effets de miroirs en utilisant l’eau, permet au récit de prendre son temps pour poser les personnages et le lieu. Les moments de tension, la peur et la violence n’en sont alors que plus terribles quand ceux-ci explosent de toutes leurs forces. Une peur principalement représentée par le personnage de Sam Lesser, gamin psychopathe tout simplement terrifiant par son intelligence et son calme alors que le sang se répand autour et à cause de lui, et pourtant il n’est que l’outil d’une menace bien plus grande encore.

Premier tome d’une magnifique série, Locke & Key est, pour ne pas y aller par quatre chemins, une lecture indispensable à tout amateur de bonne histoire d’horreur. La manière dont Hill et Rodriguez tissent leur toile afin de raconter cette histoire de deuil à surmonter et de lutte contre ses peurs, force le respect. D’autant plus que nous n’avons là que le premier chapitre d’un grand récit et que la suite s’annonce encore plus passionnante.

 

 

* Ce texte fut originalement publié sur le site du Daily Mars le 15/03/13